L'adversaire n'exécute pas le jugement rendu en ma faveur : que faire ?
Matthieu Ciutti
Associé fondateur
Le renvoi n'est pas de droit mais le contradictoire doit être respecté. Comment formuler la demande et ce que le juge met en balance.
Le renvoi n'est pas de droit mais le contradictoire doit être respecté. Comment formuler la demande et ce que le juge met en balance.
Assigné en référé pour une audience proche, un défendeur se trouve souvent dans l’impossibilité matérielle de préparer une défense complète. La demande de renvoi est alors la première décision procédurale à prendre.
Nulle partie ne peut être jugée sans avoir été entendue ou appelée.
Cette exigence ne se satisfait pas d’une simple convocation : elle suppose que la partie ait disposé du temps nécessaire pour organiser sa défense.
Un délai manifestement insuffisant au regard de la complexité du dossier peut donc justifier un renvoi, même en référé.
Deux impératifs s’opposent.
L’urgence invoquée par le demandeur, qui a justifié le recours au référé. Lorsqu’un dommage s’aggrave chaque jour, un renvoi de plusieurs semaines vide la procédure de son sens.
Les droits de la défense, qui supposent un temps de préparation proportionné aux enjeux.
Le juge apprécie concrètement : nature de la mesure demandée, montant en cause, complexité technique, délai effectivement laissé, diligences déjà accomplies par le défendeur.
Une demande de principe, non motivée, est rarement accueillie.
La demande gagne à être appuyée sur des éléments concrets : date de signification de l’assignation rapportée à celle de l’audience, volume des pièces à examiner, nécessité d’obtenir des documents auprès de tiers, complexité technique du litige.
Il est également utile d’indiquer les diligences déjà accomplies, qui démontrent la bonne foi : consultation d’un conseil, demandes de pièces engagées, éléments déjà rassemblés.
Le juge dispose d’options entre le renvoi et le rejet.
Il peut ordonner une mesure provisoire limitée dans l’attente d’un examen plus complet, par exemple une provision partielle ou une mesure conservatoire temporaire.
Il peut fixer un calendrier bref de communication de pièces et renvoyer à une audience proche, ce qui préserve à la fois l’urgence et le contradictoire.
Une demande de renvoi ne dispense pas de préparer ce qui peut l’être.
Se présenter à l’audience avec des conclusions, même succinctes, et les pièces déjà disponibles, renforce considérablement la position. Cela démontre la réalité des moyens de défense et le sérieux de la démarche.
Un défendeur qui sollicite un renvoi sans avoir rien préparé donne l’impression d’une manœuvre dilatoire.
La défense doit être présentée en l’état.
Le moyen central reste la contestation sérieuse : démontrer que l’obligation invoquée est discutable fait échec à la compétence du juge des référés, quel que soit l’état d’avancement du dossier.
Ce moyen peut être soutenu avec peu de pièces, s’il repose sur des éléments identifiables : réclamation antérieure, exception d’inexécution, contestation formulée en temps utile.
Un renvoi s’obtient plus facilement lorsqu’on démontre avoir commencé à travailler le dossier. Notre expertise en contentieux commercial intervient dans ces délais contraints.
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