L'adversaire n'exécute pas le jugement rendu en ma faveur : que faire ?
Matthieu Ciutti
Associé fondateur
C'est souvent la meilleure issue pour les deux parties. Comment formuler la demande et sécuriser l'accord sans reconnaître plus que nécessaire.
C'est souvent la meilleure issue pour les deux parties. Comment formuler la demande et sécuriser l'accord sans reconnaître plus que nécessaire.
Face à une mise en demeure fondée mais impossible à honorer immédiatement, la négociation d’un échéancier est souvent la meilleure issue. Elle suppose quelques précautions de part et d’autre.
Un créancier qui refuse tout aménagement s’engage dans une procédure dont l’issue reste incertaine.
Obtenir un jugement prend plusieurs mois et coûte des frais qui ne sont jamais intégralement récupérés. Surtout, un jugement ne garantit pas le paiement : encore faut-il que le débiteur soit solvable au moment de l’exécution.
Un échéancier accepté produit des paiements immédiats, évite les frais et préserve souvent une relation commerciale.
Une demande de délai crédible comporte plusieurs éléments.
Une reconnaissance claire de la volonté de payer, distincte d’une reconnaissance du principe si celui-ci est contesté.
Une explication factuelle de la difficulté : retard d’un client, saisonnalité, incident ponctuel. Une difficulté expliquée est mieux accueillie qu’un simple report demandé sans motif.
Une proposition chiffrée et réaliste, avec un premier versement immédiat. Un acompte, même modeste, versé avec la proposition, change considérablement la perception.
Un calendrier tenable. Un échéancier proposé puis non respecté est plus dommageable que l’absence de proposition.
L’accord doit être écrit et signé par les deux parties.
Il précise le montant total dû, sa décomposition entre principal, intérêts et pénalités, l’échéancier détaillé, le sort des intérêts pendant l’exécution de l’accord, et une clause de déchéance du terme rendant l’intégralité exigible dès le premier impayé.
Il indique enfin si le créancier suspend ou abandonne les poursuites, et dans quelles conditions il peut les reprendre.
Un échéancier n’est pas neutre juridiquement.
Il vaut généralement reconnaissance de la dette, ce qui ferme la possibilité de contester ultérieurement son principe.
Il interrompt la prescription : un nouveau délai court à compter de la reconnaissance, ce qui peut relancer une créance proche de l’extinction.
Lorsque la créance est sérieusement contestable, il est donc préférable de contester d’abord et de négocier ensuite, plutôt que l’inverse.
Lorsque la négociation échoue, le juge peut accorder des délais.
Compte tenu de la situation du débiteur et en considération des besoins du créancier, il peut reporter ou échelonner le paiement des sommes dues, dans la limite de deux années.
Il peut également décider que les sommes correspondant aux échéances reportées porteront intérêt à un taux réduit, et subordonner ces mesures à l’accomplissement d’actes propres à faciliter le paiement.
Cette faculté peut être sollicitée en défense à une action en paiement, ou devant le juge de l’exécution lorsqu’une mesure est déjà engagée.
Lorsque les difficultés dépassent un impayé isolé, d’autres outils existent : mandat ad hoc et conciliation permettent de négocier avec l’ensemble des créanciers dans un cadre confidentiel.
Ces procédures se déclenchent avant la cessation des paiements, ou dans les quarante-cinq jours de celle-ci. Y recourir tôt élargit considérablement les solutions disponibles.
Reconnaître une dette contestable pour obtenir un délai est un mauvais échange. Notre expertise en contentieux commercial sécurise ces accords.
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