Comment protéger l'interface d'une application ?

Exclusion des fonctionnalités, protection par le droit d'auteur des éléments graphiques, dessins et modèles, marque et concurrence déloyale.

Exclusion des fonctionnalités, protection par le droit d'auteur des éléments graphiques, dessins et modèles, marque et concurrence déloyale.

Introduction

L’interface est ce que le client voit et compare. Sa protection est plus fragile que l’intuition ne le suggère.

Ce qui n’est pas protégé

Les idées et principes à la base des interfaces d’un logiciel ne sont pas protégés par le droit d’auteur.

La fonctionnalité d’une interface, sa logique de navigation, l’organisation des écrans en tant que principe ne le sont pas davantage.

Un concurrent peut donc proposer les mêmes fonctions, organisées selon la même logique, sans commettre de contrefaçon, dès lors qu’il ne reprend pas la forme.

Cette limite explique la ressemblance générale des interfaces au sein d’une même catégorie de produits.

Ce qui est protégé par le droit d’auteur

Les éléments graphiques originaux : icônes, illustrations, compositions visuelles, animations.

Les textes originaux : libellés élaborés, textes d’aide, contenus rédactionnels.

L’agencement visuel, lorsqu’il traduit des choix arbitraires et non des contraintes fonctionnelles.

La charte graphique dans son ensemble, lorsqu’elle est caractérisée.

La protection porte sur ces éléments, non sur l’interface en tant que dispositif fonctionnel.

Le dépôt de dessins et modèles

C’est la voie la plus directe pour protéger l’apparence.

Un dessin ou modèle protège l’apparence d’un produit ou d’une partie de produit, caractérisée notamment par ses lignes, contours, couleurs, forme, texture ou matériaux.

Les éléments graphiques d’interface peuvent en faire l’objet.

Il doit être nouveau et présenter un caractère propre, apprécié au regard de l’impression globale produite sur l’observateur averti.

La protection est acquise pour cinq ans, renouvelable jusqu’à vingt-cinq ans.

Le dépôt est peu coûteux et rapide, ce qui en fait un outil sous-utilisé.

Un délai de grâce permet, dans certaines conditions, de déposer après une première divulgation par le créateur.

La marque

Certains éléments d’interface peuvent être déposés comme marques figuratives : logo, icône distinctive, élément visuel identifiant le produit.

La protection est alors liée à la fonction d’identification, non à l’esthétique.

Elle est perpétuelle par renouvellements successifs, ce qui en fait la protection la plus durable.

La concurrence déloyale et le parasitisme

Lorsque la reprise ne porte pas sur des éléments protégés, ces actions constituent la voie subsidiaire.

La concurrence déloyale suppose un risque de confusion dans l’esprit de la clientèle : reprise de la présentation d’ensemble, des codes visuels, du vocabulaire, au point que le public puisse se méprendre.

Le parasitisme suppose la captation, sans bourse délier, de la valeur économique résultant du savoir-faire et des investissements d’autrui.

Ces actions supposent d’établir l’ampleur des investissements consentis en conception et en recherche, et la reprise d’un ensemble d’éléments caractéristiques.

Elles constituent en pratique le fondement le plus fréquent dans les litiges d’interface.

La preuve

Un constat par commissaire de justice de l’interface litigieuse, avec captures datées de l’ensemble des écrans.

Un tableau comparatif, écran par écran, mettant en évidence la reprise d’un ensemble plutôt que de similitudes isolées.

La documentation des investissements : coûts de conception, tests utilisateurs, itérations, temps passé.

L’antériorité de l’interface, établie par des captures datées, des dépôts ou des archives publiques.

La stratégie

Déposer les éléments graphiques distinctifs comme dessins et modèles, à faible coût.

Déposer le logo et les icônes identifiantes comme marques.

Documenter les investissements de conception, qui fondent le parasitisme.

Constituer une preuve d’antériorité par des captures horodatées à chaque version majeure.

Réagir par mise en demeure sur des éléments précis, en évitant de revendiquer un monopole sur une fonctionnalité, argument qui affaiblit la position.

L’accessibilité

Sans lien avec la protection, mais souvent négligée : les exigences d’accessibilité applicables à certains services numériques imposent des caractéristiques d’interface.

Elles constituent une contrainte de conception à intégrer en amont, et non un sujet de propriété intellectuelle.

Protéger la forme, pas la fonction

Une revendication portant sur la fonctionnalité échoue ; une revendication portant sur la forme prospère. Notre expertise en propriété intellectuelle, média et art construit ces protections.

En résumé

  • Les principes et la fonctionnalité d’une interface ne sont pas protégés.
  • Les éléments graphiques et textuels originaux le sont par le droit d’auteur.
  • Le dépôt de dessins et modèles protège l’apparence pour cinq ans, renouvelable jusqu’à vingt-cinq.
  • Concurrence déloyale et parasitisme constituent le fondement le plus fréquent en pratique.
  • Documenter les investissements de conception et constituer une preuve d’antériorité datée.

Questions fréquentes

L'interface est-elle protégée par le droit d'auteur ?
Ses éléments graphiques originaux le sont. Les principes qui la sous-tendent et sa fonctionnalité ne le sont pas : une interface reproduisant les mêmes fonctions n'est pas nécessairement contrefaisante.
Peut-on déposer un dessin ou modèle ?
Oui. Les éléments graphiques d'une interface peuvent faire l'objet d'un dépôt de dessins et modèles, protégeant leur apparence pour une durée renouvelable.
Que faire face à un concurrent qui copie l'interface ?
Examiner d'abord si la reprise porte sur des éléments protégés. À défaut, l'action en concurrence déloyale ou en parasitisme peut prospérer si un risque de confusion ou une captation est établi.

Nous contacter :

Nous répondons volontiers à toutes vos questions. Écrivez-nous à mc@cabinetpersee.com , contactez le cabinet sur WhatsApp, ou remplissez notre formulaire de contact.

Articles associés

Autres analyses juridiques du cabinet

Un algorithme est-il protégeable juridiquement ?

Portrait de Matthieu Ciutti

Matthieu Ciutti

Associé fondateur

Un éditeur de SaaS doit-il souscrire une assurance ?

Portrait de Matthieu Ciutti

Matthieu Ciutti

Associé fondateur

BSPCE, BSA et actions de préférence : comment intéresser son équipe ?

Portrait de Matthieu Ciutti

Matthieu Ciutti

Associé fondateur

Comment rédiger une clause de force majeure adaptée au cloud ?

Portrait de Matthieu Ciutti

Matthieu Ciutti

Associé fondateur