Un acquéreur peut-il refuser d'acheter un logiciel vibe-codé ?
Matthieu Ciutti
Associé fondateur
Le critère de l'apport intellectuel, les interventions qui le caractérisent, celles qui n'y suffisent pas, et la charge de la démonstration.
Le critère de l'apport intellectuel, les interventions qui le caractérisent, celles qui n'y suffisent pas, et la charge de la démonstration.
La protection ne se joue pas sur l’outil utilisé mais sur ce que la personne a apporté. Situer ce curseur est l’exercice central du sujet.
L’originalité d’un logiciel s’entend comme la marque de l’apport intellectuel de son auteur.
Elle suppose un effort personnalisé dépassant la simple mise en œuvre d’une logique automatique et contraignante.
Ce critère est plus objectif que celui applicable aux œuvres artistiques, mais il n’est pas une dispense : il demeure une condition.
La rédaction d’une instruction générique décrivant un besoin courant.
L’acceptation d’une proposition sans modification.
La génération d’une fonction technique standard, dont la forme est dictée par la contrainte.
L’utilisation de modèles ou de structures imposés par un cadre de développement.
La correction d’erreurs de syntaxe.
Le nombre d’itérations n’y change rien : répéter une instruction jusqu’à obtenir un résultat satisfaisant ne constitue pas un choix créatif si les alternatives ne procèdent pas d’un parti pris propre.
La conception de l’architecture : découpage en modules, définition des interfaces internes, choix des frontières fonctionnelles.
La définition des structures de données et des modèles.
Les choix d’organisation qui ne sont pas dictés par la technique : nommage cohérent, conventions propres, séquencement.
La sélection entre plusieurs propositions selon des critères déterminés par le développeur.
La réécriture substantielle d’une proposition, traduisant un parti pris.
L’assemblage de composants selon une logique propre, produisant un ensemble caractérisé.
Ces éléments sont ceux d’un travail de conception, que l’assistance accélère sans le supprimer.
Le vibe-coding ne supprime pas la conception : il la déplace de l’écriture vers la spécification et la révision.
Un développeur qui conçoit une architecture précise, la traduit en instructions détaillées, évalue les propositions et les réécrit exerce un travail de conception aussi caractérisé que celui qui écrit chaque ligne.
Le problème n’est donc pas l’usage de l’outil mais l’absence de trace de ce travail.
Celui qui revendique la protection doit établir l’originalité en cas de contestation.
Cette démonstration ne se présume pas : il faut exposer les choix opérés et en quoi ils procédaient d’un parti pris.
Sans documentation contemporaine, la démonstration est très difficile, l’historique du projet ne montrant que le résultat.
Les documents d’architecture antérieurs au développement : schémas, modèles de données, découpage fonctionnel.
Les spécifications détaillées, montrant le niveau de précision de la conception humaine.
Les instructions données et les itérations, conservées.
Les notes de choix : pourquoi telle approche a été retenue, quelles alternatives ont été écartées.
L’historique des révisions humaines, distinguant les portions générées et les portions réécrites.
Cette documentation a une double vertu : elle sert la démonstration juridique et améliore la qualité du travail.
Elle porte sur ce qui résulte de l’apport, non sur l’intégralité du code.
Un projet peut donc être partiellement protégé : l’architecture et l’organisation le sont, les fonctions standard générées ne le sont pas.
Cette portée réduite suffit souvent en pratique : la reprise d’un projet par un concurrent porte généralement sur l’ensemble, ce qui inclut les éléments protégés.
Lorsque la protection par le droit d’auteur est incertaine, le parasitisme prend le relais.
Il sanctionne la captation, sans bourse délier, de la valeur économique résultant du savoir-faire et des investissements d’autrui.
Il ne suppose ni droit privatif ni originalité : il suppose de documenter les investissements consentis.
Cette documentation rejoint celle de l’apport humain : les deux se constituent ensemble.
La démonstration se prépare au moment de la conception, jamais au moment du litige. Notre expertise en propriété intellectuelle, média et art accompagne ces dispositifs.
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